Ce sont des génodermatoses rares caractérisées par une fragilité de la cohésion de la peau et des muqueuses. Le clivage entre derme et épiderme est responsable de la formation de bulles, d’érosions et de plaies. Ce système de cohésion est un échafaudage complexe d’éléments ou protéines. Un défaut dans la fabrication de ces protéines peut être responsable d’épidermolyse bulleuse. Ces maladies génétiques sont transmises selon le mode autosomique dominant ou autosomique récessif.
La classification des épidermolyses bulleuses repose sur le niveau de clivage à l’intérieur de la peau (schémas). La première étape du diagnostic clinique sera de déterminer ce niveau de clivage. Cette étape repose sur l’analyse histologique, immunohistologique et/ou par microscopie électronique d’une biopsie cutanée. Il est classique de distinguer :
- Les épidermolyses bulleuses épidermolytiques ou simples lorsque le niveau de clivage survient dans l’épiderme. Ce sont les plus fréquentes.
- Les épidermolyses bulleuses jonctionnelles lorsque le niveau de clivage survient à la jonction dermo-épidermique dans la membrane basale
- Les épidermolyses bulleuses dystrophiques dont le niveau de clivage est sous la membrane basale dans le derme.
Toute plaie inhabituelle, douloureuse, qui ne cicatrise pas, nécessite une consultation auprès de l’équipe référente de l’enfant. Une biopsie cutanée peut s’avérer nécessaire.Les bulles, les érosions, les plaies sont les principales manifestations des épidermolyses bulleuses. Ces lésions sont souvent douloureuses et peuvent siéger sur la peau ou les muqueuses buccales parfois génitales. L’absence congénitale localisée de peau, ou syndrome de Bart, a été signalée dans toutes les formes d’épidermolyse bulleuse. Il est important d’insister sur les points suivants :
- Le diagnostic de la forme reste cliniquement difficile et repose sur le résultat de l’examen microscopique de la biopsie cutanée.
- La particulière vulnérabilité du nouveau-né atteint d’épidermolyse bulleuse quelque soit le type de sa maladie. Le risque infectieux est majeur.
- Le pronostic diffère d’un type d’épidermolyse bulleuse à l’autre. Il est classique de dire que les formes simples s’améliorent avec le temps. Néanmoins des situations sévères existent même pour les formes simples : les bulles et l’épaississement plantaire limitent la marche.
- Les formes jonctionnelles par absence de laminine 5, épidermolyse bulleuse jonctionnelle de Herlitz, sont d'une particulière gravité.
- Les formes dystrophiques récessives varient dans leur sévérité. La forme de Hallopeau-Siemens est caractérisée par une dénutrition parfois majeure, des surinfections cutanées chroniques possiblement systémiques, une sténose oesophagienne, des rétractions et synéchies des extrémités (fusion des doigts et des orteils), une atteinte oculaire…Le risque d’épithélioma spino-cellulaire invasif (cancer de la peau) engage le pronostic vital.
Illustrations (PDF)Stratégie diagnostique devant une épidermolyse bulleuse héreditaire (PDF)Depuis plusieurs années, notre
équipe est mobilisée dans la prise en charge des épidermolyses
bulleuses. Aujourd’hui nous recevons quotidiennement, en consultation
ou en hôpital de jour soins, des enfants et des adultes concernés par
ces maladies. Plus de 200 patients sont actuellement suivis dans notre
centre. La création d’un hôpital de jour soins a permis de répondre à
certaines attentes des familles en particulier celle de la réduction de
la durée d’hospitalisation traditionnelle. Nous poursuivons ce travail
en organisant la rédaction d’un protocole National de Diagnostic et de
Soins et en formant régulièrement des soignants à la complexité de la
prise en charge de ces maladies.
Site de l'association :
EBAE
Mode de transmission et génétique
Les épidermolyses bulleuses peuvent être transmises selon le
mode autosomique dominant ou autosomique récessif. Dans chacun des trois groupes, épidermolyses bulleuses simples, jonctionnelles ou dystrophiques, chacun de ces deux modes de transmission, à déjà été décrit. Chaque situation est donc spécifique et devra faire l’objet d’une discussion avec le médecin.
Néanmoins,
- Les épidermolyses bulleuses simples sont le plus souvent transmises sur le mode autosomique dominant
- Les épidermolyses bulleuses jonctionnelles sont transmises sur le mode autosomique récessif
- Les épidermolyses bulleuses dystrophiques sont transmises sur le mode autosomique récessif ou dominant.
Chacune des protéines du système de cohésion de la peau est fabriquée par un gène. Le dysfonctionnement de certains de ces gènes est responsable d’épidermolyse bulleuse. De manière classique :
- Le dysfonctionnement du gène de la kératine 5 ou du gène de la kératine 14 est responsable des épidermolyses bulleuses «épidermolytiques ou simples
- Le dysfonctionnement du gène de l’intégrine α5, du gène de l’intégrine β4, d’un des gènes permettant la fabrication de la laminine 5 (LAMA3, LAMB3 ou LAMC2), du gène de la protéine BP180 (ou collagène 17), est responsable des épidermolyses bulleuses «jonctionnelles.
- Un dysfonctionnement du gène de la plectine peut être responsable d’épidermolyse bulleuse simple avec dystrophie musculaire ou d’épidermolyse bulleuse jonctionnelle
Le dysfonctionnement du gène du collagène 7 est responsable d’épidermolyse bulleuse dystrophique.
Les laboratoires de biologie moléculaire ont pour objectif d’identifier, pour chacune des familles, le dysfonctionnement génique en cause. Cette recherche, parfois longue, permet aujourd’hui de discuter des possibilités de diagnostic prénatal ou diagnostic pré-implantatoire après consultation de conseil génétique.
Pour les patients que nous recevons, l’équipe du Pr Hovnanian (Necker-Enfants Malades) assure le diagnostic moléculaire des épidermolyses bulleuses simples et dystrophiques. Celle des Prs Menneguzzi et Lacour (Nice) celui des épidermolyses bulleuses jonctionnelles.
Aucun traitement curatif des épidermolyses bulleuses n’est aujourd’hui disponible. L’espoir est celui de la thérapie génique. Des équipes de chercheurs sont mobilisées. Le traitement des épidermolyses bulleuses repose sur quelques principes essentiels. Un protocole de prise en charge de l’épidermolyse bulleuse aux différents âges de la vie a été rédigé par l’équipe du centre de référence MAGEC-Necker. Il est essentiel d’insister sur :
- La particulière vulnérabilité du nouveau-né atteint d’épidermolyse bulleuse quelque soit le type de sa maladie. Le risque infectieux est majeur.
- La prise en charge pluridisciplinaire est essentielle. Elle mobilise tout autant l’infirmière spécialisée, la diététicienne, les membres de l’équipe de lutte contre la douleur, l’équipe de rééducation fonctionnelle que le dermatologue. L’intervention des travailleurs sociaux est essentielle.
- Les soins cutanés sont souvent prolongés, plusieurs heures par jour, et douloureux et nécessitent une évaluation et des adaptations régulières.
- La maladie «épidermolyse bulleuse», ne se limite pas à la peau. Outre son caractère visible et son retentissement psychologique, elle peut entraîner des difficultés de déplacement, une atteinte oculaire, des difficultés alimentaires. La nécessité du travail pluridisciplinaire est donc fondamentale.
- La consultation de conseil génétique permettra d’aborder les raisons de la survenue de maladie, expliquera le risque de récurrence et permettra d’accompagner le couple dans un éventuel nouveau projet parental.
Approche diagnostique et thérapeutique
Des équipes de chercheurs sont mobilisées pour imaginer un traitement curatif de l’épidermolyse bulleuse. La thérapie génique a le vent en poupe. Elle vise à remplacer le gène défectueux par un gène fonctionnant normalement. Notre équipe est mobilisée ; elle participe à ces projets nationaux ou internationaux sur les épidermolyses bulleuses dystrophiques (équipe du Pr A Hovnanian, Necker-Enfants Malades) ou sur les épidermolyses bulleuses jonctionnelles (équipe du Pr Menneguzzi, Nice). D’autres projets visent eux à remplacer la protéine défectueuse en l’injectant dans la peau.
Enfin la recherche sur la qualité et l’efficacité des pansements se poursuit.